Répétez un mot assez souvent et il cesse de signifier quoi que ce soit. Amen est devenu le son que fait une prière lorsqu'elle se termine, l'équivalent verbal de raccrocher le téléphone. Mais le mot lui-même porte un poids qui mérite d'être retrouvé.
Un mot qui signifie « c'est vraiment ainsi »
Amen vient d'une racine hébraïque signifiant ferme, établi, digne de confiance: la même racine que derrière le mot pour la foi elle-même. Dire amen, ce n'est pas dire « la prière est terminée ». C'est dire « je me tiens sur cela. C'est un sol solide. »
C'est pourquoi le mot apparaît comme une réponse communautaire, pas seulement comme une formule privée de clôture. Lorsqu'Esdras lut la Loi à voix haute aux exilés revenus à Jérusalem, toute l'assemblée répondit ensemble.
Esdras bénit l'Éternel, le grand Dieu, et tout le peuple répondit, en levant les mains : Amen ! Amen ! Et ils s'inclinèrent et se prosternèrent devant l'Éternel, le visage contre terre. (Néhémie 8:6)
Remarquez l'ordre : le mot vient d'abord, puis la posture. Amen n'était pas un accord mental silencieux. Il était prononcé à voix haute, suivi de mains levées et de corps inclinés: toute une assemblée revendiquant publiquement des mots qui venaient de leur être lus.
L'Amen derrière chaque promesse
Paul pousse le mot encore plus loin, le liant directement au caractère de Dieu plutôt qu'à une seule prière.
Car, pour ce qui concerne toutes les promesses de Dieu, c'est en lui qu'est le oui ; c'est pourquoi encore l'Amen par lui est prononcé par nous à la gloire de Dieu. (2 Corinthiens 1:20)
Chaque promesse que Dieu a faite trouve son oui en Christ, et notre amen est l'écho de ce oui: non pas notre propre optimisme, mais l'accord avec ce que Dieu a déjà assuré. Dire amen à une prière, c'est en dessous, dire amen à la fiabilité de celui à qui l'on prie.
Quand amen est difficile à dire
Il y a des prières où amen se coince dans la gorge: une prière pour une guérison qui n'a pas été accordée, une demande répétée pendant des années sans une réponse qui ait encore de sens. Dire amen dans ces moments-là n'est pas une affirmation que le résultat était bon. C'est une affirmation que Dieu reste digne de confiance même quand le résultat n'est pas ce qui a été demandé, ce qui est un amen plus difficile et plus honnête que celui prononcé sur une prière facile. Job dit quelque chose de proche après avoir perdu presque tout ce qu'il avait, bénissant encore le nom de Dieu avant de comprendre quoi que ce soit à sa situation. Cet amen coûte quelque chose. Il n'en est pas moins vrai pour autant.
Un mot pour le corps entier, pas seulement l'individu
Retrouver le poids d'amen retrouve aussi quelque chose sur la prière en tant qu'acte partagé. Lorsqu'une congrégation le dit ensemble, aucune voix unique n'est tenue d'avoir une foi parfaite ce jour-là: le mot porte le poids collectivement, comme celui d'Israël à la lecture d'Esdras. Quelqu'un dans la salle doute peut-être. L'amen de quelqu'un d'autre le porte pour ce moment-là. C'est en partie pourquoi le mot n'a jamais été destiné à être dit seul dans une salle pleine de gens, discrètement, comme bruit de fond à la prière de quelqu'un d'autre.
Le dire en le pensant vraiment
Rien de tout cela n'exige un amen plus fort ou plus dramatique. Cela exige un amen honnête: prononcé (même doucement) comme une véritable déclaration d'accord, pas un réflexe verbal. Quand vous priez, essayez de le dire lentement à la fin, en pensant « ceci est vrai » plutôt que « j'ai fini de parler ». L'habitude est petite, mais elle change ce que ressent la prière : moins un message envoyé dans le silence, plus une conversation dans laquelle vous avez accepté de vous tenir.
Essayez-le cette semaine sur une prière que vous dites par habitude depuis des années: une bénédiction de repas, une prière du soir, tout ce qui s'est usé à force de répétition. Ralentissez sur l'amen. Laissez-le redevenir une phrase plutôt qu'une habitude. Ce seul changement suffit souvent à réveiller toute une prière qui s'était discrètement engourdie.
Un petit mot, dit honnêtement, s'avère porter plus de poids qu'une longue prière dite négligemment. Cela vaut la peine de s'en souvenir la prochaine fois qu'amen arrive à la fin d'une phrase presque avant que vous ne le remarquiez.
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